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samedi 17 février 2018

L'inconnu du Square Verdrel

Le Square Verdrel est un carré de verdure situé en plein milieu de Rouen, le long de la rue Jeanne-d'Arc. Tous les Rouennais le connaissent et s'y sont déjà rendus, c'est un lieu incontournable de la ville aux cent clochers.

Dans les années 80, ce square avait une réputation... particulière. En effet, de nombreuses rumeurs affirmaient qu'il était un lieu de retrouvailles pour les homosexuels ; un nombre assez hallucinant d'histoires graveleuses ont circulé à ce sujet. Même si rien de tout ça n'était très sérieux, ces racontars n'ont pas été sans conséquences : vers la fin des années 90, quelques agressions à caractère homophobe ont eu lieu aux abords du square.

Ces dernières années, ces rumeurs se sont un peu dispersées, et la plupart des jeunes de moins de 20 ans n'en ont jamais entendu parler. Pourtant, depuis environ 2 ans, quelque chose de bizarre se produit régulièrement dans ce parc, et ce "quelque chose" n'est pas sans rappeler la réputation passée du Square Verdrel...

Deux à trois fois par semaine, la nuit, un homme visiblement alcoolisé rôde dans le square. A première vue, cet individu n'a rien de spécial : il est plutôt petit, il a les yeux légèrement asymétriques, il est mal rasé, et il porte des vêtements d'une couleur "neutre". La plupart du temps, il parle tout seul et dit des choses qui n'ont aucun sens. Ceux qui ne le connaissent pas penseront qu'il s'agit d'un sans-abri ivre.

Si vous vous approchez de lui, il viendra vous dire bonjour, et il est TRÈS probable qu'il vous fasse des avances, peu importe que vous soyez une femme ou un homme (même s'il semble préférer les hommes). Si vous refusez (et pour l'instant, tous ceux qui l'ont croisé disent avoir refusé), il commencera à vous menacer, à vous insulter ou à faire des avances encore plus malsaines. Il pourrait éventuellement vous suivre, mais arrêtera dès que vous vous éloignerez du square. Il ne vous frappera jamais, il ne vous touchera même pas, il se contentera de rester très près de vous... mais ça n'enlève rien au côté perturbant de la situation.

Cet homme n'est presque pas différent de n'importe quel pervers alcoolique qui traine dans Rouen ; ce qui le rend spécial et reconnaissable, c'est qu'il a tout le temps les mêmes habitudes. On l'aperçoit toujours dans la même plage horaire (les jours où il apparait), toujours dans la même zone, toujours avec le même comportement. Rapidement, ce mec s'est vu attribuer le surnom de "l'homme du Square Verdrel" ou de "l'inconnu du Square Verdrel", et certaines personnes ont essayé de deviner sa vraie identité.

Pendant un certain temps, on a cru que l'homme en question était Alain Rault, un SDF assez connu à Rouen, qui partage quelques traits avec l'inconnu. Je vous renvoie vers ce lien qui le présente ; ce type est assez fascinant :

http://www.rouen.fr/alain-rault

Mais l'hypothèse a fini par être écartée, car les deux hommes ne se ressembleraient pas tant que ça. De plus, Alain Rault n'est pas flippant, contrairement à l'inconnu du Square qui peut être très perturbant.

D'autres pistes ont été examinées, notamment celle d'un homme schizophrène qui rôde la nuit pour assouvir un fantasme ou une pulsion, ou encore celle d'un Youtuber qui ferait une "expérience sociale". Mais le mystère qui plane sur son identité reste entier. Une théorie particulièrement paranoïaque dit qu'il s'agit du fantôme d'un jeune homme bisexuel, qui se rendait souvent au Square Verdrel pour rencontrer des partenaires, et qui serait mort dans les années 90, quelques années après avoir contracté le VIH. Encore une fois, ce n'est qu'une théorie.

Certains ont essayé de prendre l'inconnu en photo, pour avoir plus d'éléments pour l'identifier... mais c'est très difficile. Dès qu'il remarque quelqu'un qui essaye de le photographier, l'homme se tourne, se recroqueville, ou vous arrache le portable des mains si vous êtes trop près. Et même si, par miracle, vous arrivez à l'avoir, avec le bon angle de vue et le flash à fond, il s'arrangera pour être flou sur l'image. Ce type est tellement doué pour éviter les photos et les vidéos que c'en est presque un super-pouvoir.

Et tout ça, ce n'est pas que des conneries...car je l'ai moi-même vécu.

L'été dernier, j'ai appris l'existence de ce mec par l'intermédiaire d'un cousin. Je ne comprenais pas pourquoi CE type fascinait les gens, à mes yeux ce n'était qu'un pervers comme les autres.

Par "chance", trois mois plus tard, j'ai rencontré l'homme en question. J'étais avec une amie, nous étions en train de rentrer de soirée, et nous marchions sur le trottoir qui longe le Square Verdrel (en travaux de rénovation à l'époque). Devant nous, à coté d'un abri-bus, j'ai aperçu cet homme, en sweat gris, qui nous regardait.

Nous avons continué notre route, et quand nous nous sommes retrouvés à 5 mètres de lui, il nous a interpelés. Il s'est d'abord approché de moi, et m'a dit quelque chose comme "t'es pas mal jeune homme, viens chez moi". Je me suis écarté de lui sans rien dire, j'étais trop fatigué pour répondre un truc, j'ai continué mon chemin en faisant mine de pas avoir entendu. Au début, je n'ai pas immédiatement fait le rapprochement avec l'histoire de mon cousin.

Après, il s'est tourné vers mon amie, et lui a fait une remarque du style "t'es bien roulée". Mon amie, elle, a réagi au quart de tour, elle a un peu réprimandé l'homme avant de reprendre sa route à grandes enjambées. Le type a commencé à nous suivre, et a continué à essayer de nous draguer, en allant toujours de plus en plus loin dans la surenchère (en gros il allait de "vous êtes beaux tous les deux" à "je rêve que tu m'enc*les pendant que je bouffe la ch*tte de ta pote").

Puis, en voyant qu'on essayait clairement de le repousser, il est devenu complètement fou. Il a commencé à gueuler, du fond de ses poumons, plein de choses obscènes qui n'ont pas beaucoup de sens, avant de se cogner lui-même la tête contre le sol par colère. Oui oui, vous avez bien lu. C'est à moment-là que j'ai compris pourquoi les gens se souvenaient bien de lui : ce type était pas seulement bizarre, il était surtout complètement grillé du cerveau... heureusement, il a fini par arrêter de nous suivre.

Si je vous en parle, ce n'est pas juste pour vous conter l'histoire d'un énième agresseur sexuel non identifié qui serait plus rigolo que les autres. C'est pour vous mettre en garde. Ne passez plus près du Square Verdrel la nuit, car il commence à se passer des choses vraiment bizarres, et cette fois, des vies sont peut-être en danger.

Tout à l'heure, je vous ai dit que l'homme ne "touchait" jamais les gens qu'il abordait. Mais depuis deux semaines, c'est devenu faux : je vois parfois défiler, sur le groupe Facebook "étudiants de Rouen", des témoignages de filles qui se sont fait peloter les fesses, ou d'hommes qui se sont fait empoigner l'entrejambe par ce type. Ces avertissements sont parfois commentés d'un petit "c'est l'homme du Square !", signe que ce phénomène commence à être connu.

Pire encore : on commence à rapporter des faits de violence commis par l'homme du Square Verdrel. Un jeune homme se serait récemment fait hospitaliser après avoir reçu des coups de poing. Le week-end dernier, deux filles ont dit s'être fait menacer au cutter (elles ont réussi à fuir). La gendarmerie a été prévenue. Mais pour l'instant, aucune caméra de surveillance, aucun témoignage ni aucune tentative de prise "la main dans le sac" n'a permis de mettre la main sur ce mec. C'est comme si l'homme avait prévu que les autorités seraient alertées, et avait un coup d'avance pour leur échapper.

L'homme du square commence à devenir dangereux, de plus en plus violent. Certains disent même qu'il est "de plus en plus fort". Si jamais vous l'apercevez, sortez le plus vite possible de la zone qui entoure le Square ; prenez une des petites ruelles, ou ne passez par là que lorsque le jour revient.

Et si vous cherchez à l'identifier, voilà un résumé de tout ce qu'on sait sur lui :

- Ses yeux sont légèrement asymétriques
- Ses cheveux sont bruns, mais il commence à avoir de nombreux cheveux blancs. Barbe de 3 jours
- Il semble être particulièrement attiré par les hommes de type méditerranéen (d'après ses propres mots, eux-mêmes rapportés d'une personne l'ayant rencontré)
- Il vous suivra tant que vous resterez dans le Square Verdrel, ou aux alentours
- Il peut avoir un comportement aberrant VOIRE violent

Merci d'avance à tous ceux qui aideront à l'identifier. Et s'il-vous-plaît, faites votre possible pour ne pas être la première VRAIE victime de cet homme...


vendredi 9 février 2018

La cloche de l'Avent

L’histoire qui va suivre m’a été rapportée par le tenancier d’une auberge jurassienne située dans le département du Doubs, dans le secteur des Pôles du Froid, connu pour ses hivers particulièrement rigoureux. Vous reconnaitrez peut-être les grandes lignes d’un fait divers paru il y a quelques années dans les infos locales, ou, avec un peu plus de détails, dans l’Est Républicain ; mais la version présentée par ces médias a semble-t-il occulté un grand nombre de détails de l’affaire - du moins, si j’en crois la vision de cet aubergiste, qui aura peut-être vu dans le touriste que j’étais une cible facile pour ses racontars.

Il y a quelques années de ça, un village situé non loin de mon auberge se préparait pour les fêtes et le début de l’Avent : chaque foyer, du plus modeste au plus cossu, s’employait à décorer la maison et le jardin aux couleurs de Noël. L’événement avait pris de l’ampleur d’année en année, et c’était maintenant à qui présenterait les illuminations les plus éclatantes et les décorations les plus originales. Les sapins en ferronnerie, les crèches grandeur nature et les châteaux de neige illuminés avaient recueilli les suffrages les années passées, et on commençait à se creuser bien profondément la cervelle à la recherche de nouvelles idées.

Une famille, cette année, comptait beaucoup sur une superbe pièce ramenée d’un pays étranger pour compenser des décorations par ailleurs un peu quelconques. Ayant passé une partie de l’été à parcourir la Scandinavie, le jeune frère du mari était revenu à l’automne les bras chargés de souvenirs, et il n’avait pas manqué d’en transmettre quelques-uns à ses neveux. Parmi ces artefacts, un en particulier va retenir notre attention. Il l’avait obtenu vers la fin de son périple, alors qu’il terminait de traverser le nord de la Finlande et approchait de la frontière russe ; là, il avait trouvé asile dans un village de Samis et avait rapidement remarqué, trônant chez son hôte, une grosse cloche gravée de symboles étranges, ayant environ le diamètre d’une petite assiette. Le métal avait la couleur jaune clair du laiton et de petites pierres allongées, diaphanes et bleutées, étaient incrustées çà et là sur son pourtour.

Le jeune homme, évidemment, n’avait pas tardé à questionner le chef de famille au sujet de cette cloche au style si particulier. Lui-même, en fait, ne semblait pas tout savoir ; d’après de brèves informations échangées dans un anglais approximatif, elle avait été fondue il y a 300, peut-être 400 ans, à l’époque des évangélisations, et avait pris place au sommet d’un grand clocher de bois que les fidèles Samis avaient érigé, solitaire, au centre de leurs pâtures. Ce que signifiaient les inscriptions, il l’ignorait : peut-être une langue disparue depuis, ou bien des symboles ésotériques uniquement connus des initiés de je ne sais quel culte ancien. On évoquait, sans certitude, des conflits avec les représentants de l’Église, qui voyaient dans ces inscriptions un paganisme caché, et, comble du culot, juché au plus haut de la maison de Dieu.

Toujours est-il que le clocher finit par être frappé par la foudre, et brûla entièrement ; au lendemain de cet incident, seule demeurait la cloche, qui trônait, à peine tachée de suie, au centre des décombres fumants. L’instrument était resté, depuis, dans la famille du vieux Sami, et il voulait profiter du passage d’un étranger dans son pays reculé pour s’octroyer un complément de revenu conséquent en lui vendant la cloche. Il n’y tenait pas autant que ses ancêtres, et l’occasion était trop belle.

C’est ainsi que la cloche, d’abord offerte au plus jeune des deux fils de la famille, s’était retrouvée suspendue au-dessus du vieux puits, condamné depuis, qui se trouvait sur la propriété. On l’avait serti pour l’occasion de branches de sapin et de quatre photophores, à la manière d’une couronne de l’avent allemande. L’ensemble était superbe, et tous les habitants se sont accordés à dire qu’il s’agissait de la plus belle installation du village. Une victoire pour ainsi dire unanime, dès le premier jour de l’avent : la famille exultait ! Et durant les quelques jours suivants, les choses allaient aller en s’améliorant, bien que pas vraiment dans la direction prévue.

Durant la nuit du 1er au 2 décembre, la cloche sonna. Peut-être parce qu’elle avait été conçue pour être entendue à travers les vastes landes lapones, le tintement s’était révélé audible dans tout le village, pourtant plutôt étendu. D’après la description de l’aubergiste, c’était un timbre profond et vibrant, presque nasillard, assez désagréable - surtout à deux heures du matin. Les voisins directs de la petite propriété ont évidemment entrepris de se plaindre du vacarme dès le lendemain, mais c’était pour découvrir un changement inattendu dans les décorations du puits.

Le savant arrangement des rameaux de sapin qui étaient disposés tout autour du parapet de pierre avait été dérangé, signe évident que quelqu’un s’était effectivement approché de la cloche durant la nuit. Mais un autre détail a retenu l’attention des visiteurs : tout près du rebord, grossièrement sculpté dans de la glace, se trouvait la forme d’un petit mammifère : une souris, un mulot, peut-être un rat ?
La mère de famille était la seule présente à la maison ce matin-là. Devant ses voisins maintenant plus intrigués qu’agacés, elle n’a su donner que des suppositions ; peut-être une blague d’un enfant du voisinage, peut-être une surprise de son mari ou de ses fils. Je me l’imagine confuse, confrontée sans trop savoir pourquoi à des amis qui ne savent pas choisir entre reprocher le tapage et féliciter le mystérieux auteur de la petite effigie, forcée à faire des suppositions auxquelles elle ne croyait pas vraiment. Elle avait entendu la cloche comme tous les autres, mieux que tous les autres sûrement, et elle était comme eux dans le flou. Si quelqu’un dans sa famille était responsable, c’est que cette personne tenait bien sa langue.

La nuit suivante peu avant minuit, la cloche sonna à nouveau. Au matin, c’était devenu le sujet de conversation récurrent d’une bonne partie du village ; mais on tendait à faire reculer les plaintes devant le prodige qui s’était reproduit : aux côtés du petit rongeur qui disparaissait sous la neige de la nuit passée se trouvait maintenant un écureuil de glace. Ses formes grossièrement réalisées étaient pourtant, dans leur épure, d’une précision anatomique. À présent, on se demandait davantage qui était le mystérieux sculpteur, et si le coup de cloche aux vibrations menaçantes réveillait tout le village plus sûrement que le vieux bourdon fatigué de l’église locale, il était surtout l’annonce que le farceur allait déposer une nouvelle sculpture auprès du puits.

Les nuits de l’avent se sont succédées suivant ce même modèle. La nuit d’après, tocsin à minuit trente ; au matin, un furet de glace à la gueule béante se tenait au pied des décorations du puits. Le lendemain, un coup puissant à trois heures passées annonça la venue d’un lapin. Hibou, fouine, ramier, puis renard et chevreuil : nuit après nuit, la troupe d’animaux s’agrandissait et l‘émerveillement des habitants s’amplifiait. On n’avait jamais rien vu de tel depuis l’établissement du concours.

Mais s’il y en avait qui ne s’émerveillaient pas, c’était la famille concernée. La neige était régulièrement présente depuis le début du mois et le sculpteur ne laissait jamais aucune trace. Chaque nuit, on s’introduisait sur leur propriété, à leur insu. Les branches de sapin étaient plus bousculées que n’aurait pu le faire un simple passant qui viendrait sonner la cloche. À force, l’accumulation des animaux devant le puits finissait par être ressentie par les membres de la famille comme une menace, et le plus jeune fils, à qui la cloche appartenait à l’origine, était resté plusieurs nuits à veiller à sa fenêtre, sans rien repérer d’anormal : souvent il s’endormait avant l’accomplissement du forfait, et ne se réveillait qu’au son de la cloche qui semblait en signer la fin. Tout juste un nuage glacé entourait le puits pour marquer le passage de l’auteur des sculptures, et se dissipait rapidement.

Jusqu’aux derniers jours précédant Noël, le jeune garçon était resté sans réponses. Mais la nuit du 23 au 24 décembre, la vision qu’il avait eue, et qui avait valu pour ses proches un témoignage paniqué et cru difficilement, devait le motiver à s’approcher dangereusement du puits auprès duquel s’attroupaient des animaux de plus en plus gros - emboîtant le pas au chevreuil et au cerf, le dernier en date était un sanglier. Fuyant la vigilance de ses parents, l’enfant s’était penché au-dessus de l’ouverture et n’avait pas manqué d’y apercevoir, à quelques mètres sous lui, la forme inerte de la carcasse d’un grand mammifère.

Répondant à ses cris paniqués, le reste de la famille accourait à son tour, bousculant au passage les effigies de glace qui rendaient maintenant le puits difficile d’accès. Confirmant ce que son fils avait vu, la mère était allée glaner un treuil chez un habitant du village, et on commença à remonter du conduit un sinistre bestiaire. Vingt-deux animaux morts, un pour chaque sculpture, parfaitement conservés par le froid qui régnait à cette époque de l’année. Les fourrures et les plumes n’en étaient pas moins maculées de sang gelé, l’arrière du crâne étant toujours sauvagement mordu, et complètement écrasé pour les plus fragiles, à l’instar des petites dépouilles des premiers animaux.

L’ensemble du village était au courant le soir même. En ce jour de réveillon, la nouvelle jetait un froid. Chacun fut d’accord pour bazarder les sculptures, et décrocher la cloche - on allait essayer d’écarter l’incident, de vivre les fêtes comme on aurait dû les vivre et de régler définitivement le mystère après les repas du 25 décembre. La famille et ses invités ont finalement passé un réveillon teinté tout juste d’une légère angoisse, alimentée sur la fin par les allers et retours du cadet au jardin, qui insistait pour veiller dehors près du puits maintenant silencieux malgré les rigoureuses réprobations de ses parents. Assez tard dans la nuit, on partit finalement se coucher en comptant bien sur chacun pour rester sagement dans son lit.

Les villageois, finalement, se sont réveillés le lendemain sans avoir été perturbés par un des sons de cloche qui avaient hanté les nuits précédentes. On pensait, satisfait, que tout était enfin terminé. Au matin, c’est la sculpture d’un jeune enfant qui se trouvait devant le puits.

La disparition de cet unique témoin d’une apparition à laquelle personne ne croyait vraiment donne pourtant plus de crédit à son histoire... Le matin d’avant, le malheureux enfant décrivait à ses parents une créature serpentine au long museau et à la fourrure noire, qui se déplaçait avec aisance en promenant ses courtes pattes griffues sur l’épaisse couche de neige, déposait près de son antre un hommage à sa victime du jour et se glissait rapidement, sa proie dans la gueule, au fond du puits où sa courte queue disparaissait finalement en tapant la cloche au passage.

La thématique est un peu passée, mais cette pasta a tellement plu qu'on ne pouvait pas ne pas vous la publier.

lundi 5 février 2018

Les hommes-bouteilles

Voici une autre histoire yakoute qui me faisait très peur lorsque j’étais enfant. On raconte qu’elle s’est déroulée dans l’oulous de Tattinski [NdT : un oulous est une division administrative, un peu comme nos départements, quoiqu’on utilise en général le terme de raïon en Russie et dans les autres ex-républiques soviétiques, le terme oulous désignant la même chose mais n’étant employé que pour certaines régions de Yakoutie], dans un petit village, en plein jour. Le personnage principal de cette histoire, appelons-le Simyon, faisait partie du kolkhoz et rentrait de la fenaison au village un soir d’été. Le chemin de terre battue traversait des terrains vagues, il faisait beau et chaud (petite parenthèse, la chaleur estivale en Yakoutie est aussi insoutenable, la température descend rarement en-dessous de 30 degrés, parfois elle atteint les 40 – cela signifie que l’écart entre les températures des différentes saisons approche les 100 degrés).


Notre Simyon avançait gaiement en fredonnant dans sa barbe, quand il s’est aperçu que trois personnes venaient à sa rencontre sur le chemin. Celui qui était au centre était un peu plus grand que les deux autres. À ce moment, Simyon l’a pris pour un adulte accompagné de ses deux enfants, se demandant qui ça pouvait bien être. Il a fini par se dire qu’il s’agissait d’un certain Nikitine accompagné de ses deux fils et a continué tranquillement sa route. Mais alors qu’ils approchaient, il s’est rendu compte que les deux qui marchaient sur les côtés ne pouvaient être qualifiés d’enfant – la différence de taille avec celui du milieu était en réalité dérisoire. Ensuite, il a remarqué que leur apparence était pour le moins étrange : ils étaient tous habillés des mêmes vêtements gris, et leur large silhouette, cachée par leurs habits, descendait jusqu’à la terre en s’élargissant vers le bas, de sorte qu’ils évoquaient des sortes de bouteilles. Il ne voyait pas leurs jambes, et il se demandait comment ils pouvaient bien avancer.


Simyon n’a pas pris peur immédiatement. Il a commencé par continuer machinalement son chemin, avant de percevoir leurs grands yeux noirs sur leurs visages aussi blancs que du papier, et s’est littéralement crispé de terreur. Il s’est alors rappelé que, selon les croyances yakoutes, lors d’une rencontre avec des abasys, c’est-à-dire à peu près n’importe quel type d’esprits maléfiques, il ne fallait sous aucun prétexte prendre ses jambes à son cou, sans quoi ils pouvaient vous prendre en chasse et vous tuer sur place (il suffit de voir la première pasta sur la Yakoutie). À une vingtaine de pas devant lui, un sentier étroit s’écartait du chemin principal, et il s’est mis en tête d’atteindre l’embranchement avant les trois « hommes-bouteilles » afin de les éviter. Mais la peur avait une telle emprise sur lui qu’il n’a pu s’empêcher d’accélérer la cadence. Regarder le visage de ces créatures le terrorisait, mais à peine détournait-il le regard qu’il avait l’impression qu’elles allaient se jeter sur lui, et ses yeux revenaient immédiatement vers les « passants. » Comme dans ses souvenirs, ils étaient tous les trois presque identiques, pâles, comme s’il n’y avait pas de sang dans leurs veines pour colorer leur visage, avec de grands yeux noirs immobiles qui regardaient droit devant et une large silhouette déformée dont le bas s’évasait. On ne pouvait les différencier que par la taille.


Finalement, Simyon a atteint l’embranchement et a bifurqué sur le sentier. Il ne restait alors plus qu’une dizaine de mètres entre lui et les créatures. Se forçant à ne pas détaler comme un lapin, il a continué à avancer sur le sentier, en suivant les choses du coin de l’œil. À son grand soulagement, elles sont passées à côté, ne lui jetant pas même un regard. Après avoir mis une distance suffisamment confortable entre lui et ces choses, Simyon s’est mis à courir et s’est rué chez lui. Il s’est retourné quelques fois, apercevant au loin les silhouettes des « hommes-bouteilles » sur le chemin.

Il s’est plus tard avéré qu’il n’avait pas été le seul à les avoir vus. Dans le village, ainsi que dans les environs, quelques personnes ont aperçu le trio et ont eu la peur de leur vie. Tout le monde a fini par se dire que les créatures ne s’intéressaient pas à leur village et n’avaient fait que passer, se rendant quelque part pour s’occuper « de leurs propres affaires. » Quelque chose du genre…

Traduction : Magnosa

Source : http://mrakopedia.org/wiki/Якутия

vendredi 19 janvier 2018

Pas de séance de divination ce soir

Dans le paysage des creepypastas russes, la Yakoutie constitue tout simplement une sorte d'El Dorado. La quasi-totalité de la république est recouverte d'épais massifs forestiers dont 99% n'ont jamais été foulés par le pied de l'Homme. La Yakoutie est aussi grande que l'Inde, ou que six fois la France. Quand on doit voyager pendant pas moins de six jours en traversant d'interminables forêts pour se rendre d'une zone habitée à une autre, il y a forcément de quoi alimenter les légendes. De manière générale, les histoires de cette région valent le détour, et les creepypastas occupent une place de choix dans le folklore local.
NdT : Certains passages traduits ou rajoutés contiennent quelques explications nécessaires pour des lecteurs européens à la compréhension complète de l'histoire, la culture russe étant en grande partie méconnue. Ne vous étonnez donc pas de détails historiques ou culturels : ils seront utiles au moins pour l'histoire dans laquelle ils figurent, voire même pour d'autres histoires à venir.


Cette première histoire est liée à des esprits aquatiques du folklore local : les syoulyoukyounes.

La religion traditionnelle en Yakoutie était le paganisme classique : tous les lieux et les domaines d'activité importants étaient reliés à des esprits qui en étaient responsables. Par ailleurs, après l'intégration de la Yakoutie à la Russie au 17e siècle, la croyance locale s'est en quelque sorte assimilée au christianisme orthodoxe et a subi des changements importants, notamment l'introduction d'éléments de théisme. Néanmoins, les esprits de la nature n'ont pas subi cette assimilation. Certains d'entre eux correspondent aux fameux syoulyoukyounes. On raconte qu'ils demeurent presque tout le temps sous la surface dans différents points d'eaux et n'interagissent absolument pas avec les humains. La croyance traditionnelle yakoute ne les dépeint pas comme des esprits maléfiques. Toutefois, dire que ce sont des esprits bienfaisants serait une erreur. Leur apparence n'est pas mentionnée, mais ils étaient probablement imaginés comme des démons aquatiques : anthropomorphes, mais affublés de traits propres aux poissons. Dites bonjour aux créatures lovecraftiennes de Cauchemar sur Innsmouth.

Venons-en maintenant à la rencontre avec un de ces syoulyoukyounes. Ils ne remontent à la surface qu'une seule fois par an : pendant la période dite des douze jours de Noël, soit du 25 décembre au 5 janvier. Bien évidemment, ils ne sortent que la nuit, et se réunissent dans toutes les maisons et bâtisses abandonnées à distance des villages habités pour jouer aux cartes. Ils parient de l'argent "aquatique" qui ressemble à des pièces d'or. On disait aux personnes particulièrement téméraires de se rendre dans une maison vide durant ces nuits et de se dissimuler sous une table ou autre chose en se recouvrant d'un tissu. Il fallait simplement penser à s'habiller chaudement, car les maisons vides n'étaient bien évidemment pas chauffées, et le froid de janvier en Yakoutie peut parfois atteindre -50°C. Si l'on avait de la chance, la fête des syoulyoukyounes du coin se déroulait bien dans la maison choisie. Lorsque la mise avait bien augmenté, il suffisait de renverser la table en hurlant de toutes ses forces, et les syoulyoukyounes, effrayés, s'enfuyaient. On pouvait ensuite ramasser l'argent qu'ils avaient abandonné. Il fallait toutefois tout dépenser dans les trois jours suivant, car l'or des syoulyoukyounes se changeait ensuite en algues, ce dont il était constitué initialement.

Mais assister au rassemblement de ces créatures ne servait pas uniquement à l'enrichissement matériel. Pendant leurs parties de cartes, les syoulyoukyounes, bien loin de se taire, discutaient avec véhémence de l'avenir et du destin de la nature environnante, de sorte que si l'on ne dérangeait pas leur fête, il était possible, en écoutant bien, de découvrir de précieuses informations sur son futur et celui de ses proches. D'une certaine manière, ils étaient des sortes de voyants locaux, mais il faut bien s'imaginer à quel point il fallait être courageux pour aller se glisser seul dans une maison abandonnée la nuit par -50 pour attendre sans bouger un attroupement de créatures surnaturelles.

Maintenant, venons-en à l'histoire à proprement parler. Elle ne fait, paradoxalement, intervenir aucun syoulyoukyoune, mais il fallait tout de même expliquer ce qu'ils étaient en premier lieu pour que l'histoire ait du sens pour tout le monde.

Donc, c'était en Yakoutie Centrale, au mois de janvier, pendant les douze jours, et un froid implacable régnait. Deux jeunes frères bien robustes avaient décidé d'aller écouter les syoulyoukyounes, et si leur entreprise était couronnée de succès, de leur dérober quelques pièces. Comme les gens étaient méfiants vis-à-vis de l'engouement pour les pratiques divinatoires de Noël "sérieuses" (sauf, bien sûr, les pratiques de jeunes filles comme la lecture de figures dans la cire ou la divination dans les miroirs et les aiguilles [NdT : méthodes divinatoires connues en Russie]), ils n'avaient parlé à personne de leur projet, pas même à leurs parents. Ils avaient choisi pour leur sortie une vieille bicoque abandonnée située dans une clairière, pas très loin de leur village (ce genre de construction est courant en Yakoutie, car les gens vivaient en famille il y a longtemps, chaque famille possédant son habitation dans une clairière à l'écart des autres). Après s'être emmitouflés dans leurs plus chauds vêtements et avoir embarqué deux bouteilles de vodka, les deux frères étaient sortis de leur maison et s'étaient mis en route pour le lieu qu'ils avaient choisi. L'humeur était bonne, rien ne leur faisait peur à deux, ils avaient l'habitude du froid – en somme, tout allait comme sur des roulettes.

Arrivés sur place, ils s'étaient fourrés sous une vieille table branlante, dissimulés, comme il convenait, sous un couvre-lit. Ils étaient restés là pendant un moment à discuter à voix basse de choses et d'autres, en prenant de temps à autre une gorgée de leurs bouteilles. Ils ne pouvaient pas allumer de feu – les syoulyoukyounes auraient pris peur et ne seraient pas venus, il n'y avait donc que la lumière de la lune qui passait à travers la fenêtre. Un petit détail : aux vieilles maisons yakoutes était toujours accolée une étable, séparée uniquement par une porte pour ne pas devoir courir dans le froid et finir congelé. Donc, les deux frères étaient là depuis quelques heures déjà, il était plus de minuit, ni l'un ni l'autre n'avait plus grand-chose à dire et ils commençaient à piquer du nez. Et alors, la porte de l'étable s'est mise à grincer. Les deux frères ont repris de l'ardeur, tous deux ne pensaient qu'à une chose : ça y est, ça commence, les syoulyoukyounes se rassemblent. Mais tout est redevenu silencieux pendant un moment, puis la porte s'est remise à grincer, plus fort cette fois.

D'après le son, elle était en train de s'ouvrir lentement. Et de l'étable est monté un son étouffé, semblable au gloussement d'une poule. Le plus jeune frère s'est relevé en hurlant, balançant le couvre-lit, surgissant de sous la table et se ruant vers la sortie. Le plus vieux, évidemment, sur ses talons. Mais, manque de chance, celui-ci a trébuché sur le seuil et s'est étalé de tout son long à côté de l'entrée. Il a commencé à appeler à l'aide, et on aurait dit qu'il s'étouffait. Puis il s'est mis à hurler comme si on le brûlait vivant. Entendant cela, le cadet s'est mis à courir de plus belle, complètement terrorisé. Son frère hurlait toujours alors qu'il atteignait l'extrémité de la clairière, mais il s'est soudain tu. Le plus jeune s'est retourné seulement à l'orée de la forêt, mais la visibilité était déjà devenue mauvaise – seule la vieille bicoque était là, pas le moindre mouvement, pas le moindre bruit autour, et la lumière de la lune ne permettait de distinguer rien d'autre.

Il s'est alors enfuit à toutes jambes et est arrivé environ une heure plus tard à son village, les yeux exorbités, complètement fébrile. Il a immédiatement tout raconté à son père, qui a manqué de se jeter sur lui pour lui flanquer une bonne correction : bon sang, mais comment de pareils crétins peuvent exister, à ne même pas dire où vous allez avant d'y aller ! Il s'avérait qu'il y a fort longtemps, bien avant la Révolution d'Octobre, une famille habitait cette même vieille bicoque, et ses membres s'étaient mis à mourir les uns après les autres sans raison apparente. La raison officielle qui avait été donnée à l'époque était qu'un « esprit maléfique les avait dévoré. » Depuis lors, la clairière était abandonnée, on ne venait même pas y faucher du foin, même si le terrain était très fertile. Bien évidemment, les syoulyoukyounes n'auraient jamais choisi un tel endroit pour leur petite fête, n'étant pas vraiment des démons ; en revanche, un « autre » pouvait totalement s'intéresser aux deux idiots qui s'étaient eux-mêmes invités à l'heure la plus sombre dans cet endroit oublié.

Le père et le jeune frère se sont donc rapidement préparés et installés dans leur UAZ [NdT : marque connue de SUVs et autres véhicules tout terrain], avant de retourner à pleins gaz vers la vieille bâtisse. Ils sont arrivés bien vite, sur le chemin le père a longuement sermonné son fils à propos du fait qu'il avait abandonné son frère dans cet endroit. Lorsqu'ils sont arrivés, tout était à peu près silencieux. La voiture s'est arrêtée, et le jeune frère s'est mis à claquer des dents. Il a catégoriquement refusé de descendre du véhicule, ce qui a forcé le père à se rendre seul dans le lieu maudit. Le frère aîné était étendu dans la neige, à l'endroit exact où il était tombé, le visage vers le bas. Les traces montraient qu'il n'avait pas fait le moindre mouvement après sa chute, il était mort instantanément. Le corps était déjà rigide à cause du froid. Le père a éclaté en sanglot en voyant cela. Il n'y avait plus rien à faire, il ne restait plus qu'à charger le cadavre dans la voiture et à rentrer à la maison. Lorsqu'on lui a retiré ses nombreuses couches de vêtement, on s'est aperçu qu'il avait au dos, sous l'omoplate droite, une ecchymose bien marquée, comme si on l'avait frappé avec une force extraordinaire à travers toutes les couches de vêtements.

Plus tard, le cadet a fini par raconter ce qu'il avait vu avant de détaler. Lorsque la porte de l'étable s'était mise à grincer pour la seconde fois, il avait discrètement soulevé le couvre-lit et, à la lumière de la lune, avait aperçu une immense silhouette humaine, de près de trois mètres, totalement noire. Il n'avait pas pu se contenir et s'était enfui en hurlant...

Traduction : Magnosa

Source : http://mrakopedia.org/wiki/Якутия


Cette histoire marque le lancement d'un nouveau projet sur CFTC afin de vous offrir de la nouveauté. Les cultures orientales étant très méconnues dans les régions francophone et l'année 2018 étant marquée par le sceau de la Russie (élections, événements divers, etc), nous nous alignons là-dessus et vous proposerons des traductions venues de l'Est, avec tout un folklore qui reste à découvrir. Pour cette raison, certaines histoires vous paraîtront parfois pas aussi angoissantes que ce à quoi vous pouvez être habitués. Elles sont néanmoins nécessaires pour vous faire découvrir cet univers et, à terme, comprendre les vraies perles qu'on peut trouver chez eux. Nous espérons que cela vous plaira !

jeudi 18 janvier 2018

Classement 2017

Après avoir recueilli vos votes durant presque un mois, il est temps de faire le classement des Creepypasta publiées sur le site en 2017. Pour un total de 60 textes, 20 votes de lecteurs on été recueillis. Merci à vous pour votre implication, et nous espérons vous revoir pour le classement 2018.
Place au classement :


Meilleures Creepypastas de 2016
(Classement des lecteurs)


9 - Ecoutez vos enfants - 30 points

8 - Bitteroot - 32 Points

7 - La vie de Tommy - 33 points

6 - Le voleur d'innocence - 49 points

5 -Hôpital - 58 points

4 - Somniloquie - 62 points


2 - Huggydoll - 96 points

1...




SAR -  141 points

Une victoire nette de la Creepypasta en plusieurs parties, SAR ! 
êtes vous satisfaits de ce classement ? nous espérons que oui.

Rendez vous fin de l'année pour le classement 2018, jusqu'à là, bonne lectures sur le blog !


lundi 15 janvier 2018

L'affaire de 1990

Il y a de cela vingt-cinq ans, j'étais un jeune journaliste pour un journal local nommé La Bretagne. J'étais vraiment aux balbutiements de ma carrière mais mon premier grand article ne s'était pas fait attendre. En effet, celui-ci parlait d'un tueur en série qui avait détourné un bus scolaire qui avait à son bord dix-neuf adolescents, un chauffeur et deux professeurs.
Après avoir tué les adultes, le tueur en série, Raymond Pierre, avait emmené les ados dans sa maison de campagne où il avait mis en place de quoi les garder captifs tout en pouvant s'abandonner complètement à ses pulsions meurtrières. Il n'y a eu que deux survivants à ce massacre. Je vous partage mon article ci dessous, pour que vous puissiez prendre connaissance de l'affaire.

Mon article, publié dans un journal local



17 cadavres, 17 jours de calvaire. C'était un vrai miracle que cette Laura ait réussi à tenir et à avoir le courage de se révolter au bout de tant de temps. Surtout que, selon la police, les tortures infligées aux adolescents étaient encore plus perverses que ce que Raymond Pierre avait l'habitude de faire. C'était un vrai miracle que cette jeune fille harcelée à l'école ait pu le mettre hors d'état de nuire.

C'était il y a 25 ans. Depuis, j'ai écrit beaucoup d'articles. Mais aucun ne surpasse celui-ci en termes d'horreur. C'est pour cela qu'à l'approche d'Halloween, mon chef m'a demandé la semaine dernière d'aller voir ce qu'étaient devenus les survivants de cette affaire, à savoir Laura Morisson et ce pauvre Tony.

Laura a réussi dans la vie. Suite à son nouveau statut d’héroïne, elle est passée de souffre-douleur à star du lycée. Elle a pu obtenir facilement des bourses d'études et a suivi un cursus médical puis est devenue médecin. Actuellement, elle est en Afrique en mission humanitaire pour aider les enfants les plus démunis. Un vrai conte de fée. Comme si cette affaire l'avait rendue plus forte et avait provoqué en elle le déclic pour mener sa vie de la meilleure des façons.

Je suis allé voir Tony. La première fois, je n'ai pas pu le rencontrer. Ses parents m'avaient informé qu'il avait une maladie incurable et qu'il n'allait pas bien en ce moment. Je n'ai pas pu m’empêcher de plaindre ce garçon. Réduit dans la fleur de l'âge à l'état de légume par un tueur en série. Et ensuite contracter une maladie mortelle et incurable. À l'inverse de Laura, cette affaire avait gâché sa vie de la plus cruelle des manières. Même s'il était un des harceleurs les plus zélés de Laura, il ne méritait cela en aucun cas.

Ses parents m'ont contacté hier, m’annonçant qu'il n'en avait plus pour longtemps et que son agonie allait bientôt se terminer. Je n'aurais donc plus d'occasion de le rencontrer.
J'y suis donc allé et, au chevet de son lit, il a prononcé ses premiers mots en 25 ans de silence, tout juste avant de rendre l'âme. Ces mots résonnent encore en moi, donnant naissance à un terrible frisson me parcourant tout le corps. Des mots qui donnent une toute autre vue sur une affaire datant de 1990.

"Elle a eu le tueur... Le premier jour."


Nous espérons tenir ce nouveau rythme de publication, et espérons également que cette nouvelle dynamique vous plaise ! N'oubliez pas de vous abonner au tweeter CFTC : @CreepypastaFTC.

vendredi 12 janvier 2018

La vérité sur les tulpae

Connaissez-vous les tulpae ? Si non, je vous invite à lire cette courte description.


"Un tulpa est une entité autonome résidant dans le cerveau d'un “hôte” (créateur). Ils sont distincts de l'hôte car ils disposent de leur propre personnalité, opinions et actions, indépendamment de l'hôte. Ce sont des entités conscientes à la fois d'elles-mêmes et du monde qui les entoure.
Les tulpae sont modelés à partir de la simple volonté psychique et disposent des mêmes capacités intellectuelles ainsi que des facultés de penser, raisonner, croire, espérer et percevoir le monde que son hôte."


Ce "phénomène" est de plus en plus connu d'année en année, grâce à Internet évidemment.
De plus en plus de gens tentent l'expérience aussi. Il est plus ou moins facile de la réaliser, cela consiste en un travail mental.


Il est dit que cela est sans danger, qu'un tulpa ne pourra jamais nuire à son créateur. Mais comment en être bien sûr ? Un être qui a sa propre personnalité et une capacité à raisonner, ce n'est pas prévisible, ça ne peut être contrôlé.
Les tulpae sont beaucoup plus compliqués que ça. L'Homme cherche toujours à maîtriser des choses qui le dépassent, n'est-ce pas ?


Ne trouvez-vous pas étrange que l'on ne voie presque aucun avis négatif, et aucun appel à l'aide à ce sujet ?


C'est tout à fait normal, du moins, vous allez comprendre pourquoi après ce que je vais vous expliquer.


Il existe une pratique dans ce milieu, dite de la "possession", qui consiste à laisser son tulpa prendre le contrôle de votre corps un instant pour par exemple accomplir une tâche, ou pour n'importe quelle autre raison.


Et imaginez-vous tulpa, prisonnier d'un individu qui, bien souvent, ne pense qu'à lui, n'auriez-vous pas envie de vous en évader ?


C'est pourquoi il arrive, bien moins rarement que ce que vous pouvez imaginer, que le tulpa refuse tout simplement de rendre son corps à l'hôte. L'ancien hôte, maintenant.


Vous voilà maintenant littéralement spectateur de votre propre vie. Votre tulpa vous connaissant par cœur aura, au début du moins, votre comportement avec vos proches. Impossible pour eux de soupçonner quoi que ce soit. Et, même s'ils le décelaient, que pourraient-ils faire ?


Leur puissance est trop sous-estimée, et n'importe qui se croit capable de s'y investir. S'il est facile de développer un tulpa, il l'est beaucoup moins d'en garder le contrôle. L'expérience nécessite une très grande force mentale, comprenez pourquoi le rituel vient à l'origine de moines en Asie, qui grâce à la méditation et toutes autres sortes d'arts parviennent en toutes circonstances à rester maîtres d'eux-mêmes.


Une fois le cap de la possession franchi, pas de retour en arrière possible. Vous pouvez vous évertuer à lui clamer votre rage, tristesse, et désespoir, il choisira généralement de juste vous ignorer.



Donc ne vous fiez pas à ce que vous pouvez lire sur les forums spécialisés, presque tous les posts sont écrits par des tulpae eux-mêmes, et si vous êtes vous-même hôte d'un tulpa, je ne peux que vous dire de faire très attention.


Pour ma part, je cherche désespérément à me débarrasser du mien, il n'arrête pas de me supplier de le "laisser reprendre son corps", je ne sais pas quoi faire pour ne plus l'entendre.

La rentrée se fait doucement, mais tout le staff est de retour pour une nouvelle année et de nouveaux projets !